Vers un Lisbonne des collectivités locales

Nous connaissions la mode des « Grenelle » depuis les accord éponymes qui ont clôt Mai 1968, il faudra se faire à la mode des « Lisbonne« .

I. Lisbonne contre la démocratie nationale

Le 29 mai 2005, le « Traité établissant une constitution pour l’Europe » est rejeté en France par 55% des votants. Vote copié aux Pays-Bas trois jours plus tard

Deux ans et demi plus tard, le 13 décembre 2007, est alors signé, à Lisbonne, un traité dit « simplifié », reprenant l’essentiel du texte rejeté en 2005, ratifié cette fois par voie parlementaire par les deux Etats réfractaires. Un seul Etat se risquera, pour des raisons constitutionnelles, à en appeler au peuple : l’Irlande. Rejet ferme, le 12 juin 2008, du projet par 53% des voix.

Le 2 octobre 2009, le projet est à nouveau soumis au vote et accepté par 67% des votants.

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II. La modernisation de l’action publique contre la démocratie locale ?

Eric Dupond-Moretti, médiatique avocat pénaliste, estime, concernant l’affaire d’Outreau, que suite à l’absence de mesures fortes prises par les pouvoirs publics, « Outreau reviendra, sous une forme ou sous une autre ». Et si Lisbonne suivait le même raisonnement, mais sous une forme plus pernicieuse ?

Le 7 avril 2013, le référendum portant fusion des trois collectivités alsaciennes échoue, en grande partie du fait d’une abstention record (65%) empêchant d’atteindre la barre des 25% d’inscrits nécessaires à la validation du projet (barre qui avait d’ailleurs failli sauté quelques mois plus tôt) et du rejet des électeurs haut-rhinois (56% de NON). Le projet était enterré. Il fallait, selon les rumeurs, attendre une décennie avant de tenter à nouveau l’expérience. Le résultat a ici fait l’effet d’un 21 avril dans une caste politique qui comptait sur un résultat à la hauteur d’un douteux sondage paru dans la presse locale quelques semaines auparavant (75% de « OUI » dans chaque département).

Cependant, de manière totalement inaperçue, le 23 juillet dernier, l’Assemblée Nationale a adopté la loi de modernisation de l’action publique. Une loi amendée comme du gruyère, notamment via des textes techniques sur les métropoles, l’intercommunalité, les compétences partagées et … un amendement UMP en discussion et qui risque fort de passer à la trappe médiatique : la suppression de l’obligation d’organiser un référendum avant la fusion de deux collectivités.

Vous avez bien lu. 8 ans après le rejet du traité constitutionnel européen et 6 ans après l’avoir fait avaler de force par une représentation nationale qui ne représente qu’elle-même, les députés ont décidé de transformer l’essai en nous proposant un Lisbonne 2 visant à contourner l’avis populaire par une voie faussement représentative.

Mais nous vivons toujours en démocratie, n’est-ce pas ?

La transcendance : réponse à une décadence ordinaire

« Dieu est mort ». Telle est la plus célèbre et la plus polémique des phrases du philosophe allemand Friedrich Nietzsche.

La plus célèbre, du fait de sa construction : puissante et synthétique ; la plus polémique, de par l’interprétation qui en a été faite par les théologiens de l’époque jusqu’à aujourd’hui.

Or, cette phrase est toute autre chose qu’une simple attaque contre la religion et en particulier un christianisme dans lequel l’auteur est né du fait de la profession de son père.

Ici, Nietzsche dit une chose essentielle : « l’Homme a tué Dieu », et non pas « Nous avons enfin tué Dieu ». La preuve en est la suite qui est donnée à cette phrase dans l’aphorisme 125 du livre troisième du Gai Savoir : « […] Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? […] Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux simplement — ne fût-ce que pour paraître dignes d’eux ? ».

Nietzsche déplore ici une mort qui représente une perte de transcendance. Il parle bien de cela en énonçant que nous sommes forcés d’être nous-mêmes des Dieux. La transcendance, la morale, est en crise née de cette mort et du nihilisme qu’il engendre.

Il s’agit d’une crise de légitimité, de fondations, de base, d’une crise identitaire.

La transcendance est une idée de dépassement. Nous l’avons perdue. Nietzsche prévoit, par le nihilisme, l’avènement de ce que j’appellerais « ultrahumanisme », du « moi je » comme dirait Zemmour : la volonté de l’Homme est mesure de toute chose.

Il n’y a plus de foi, plus de conviction. Barrès, quelques décennies plus tard, le montrera en rappelant, dans cet immense ouvrage qu’est pour moi « Les Déracinés », que « la société tout entière doit appartenir à des gens distingués qui, à leur esprit naturel, à leurs lumières acquises, à leur fortune, joignent un fanatisme assez chaud pour fondre en un seul jet différentes forces ».

Donc voici la thèse que je fais mienne ce jour : notre monde souffre de cette mort de Dieu, de cette perte de transcendance, de cet « ultrahumanisme ».

Attention : à titre personnel je suis un agnostique convaincu et cet article ne remet absolument en cause cet état de fait, mais j’estime, et c’est une des sous-thèses, que la transcendance comme système de valeurs hiérarchisées se doit, comme norme, être un élément fort d’une société.

En effet, pour moi, il s’agit d’une réponse à deux maux qui traversent notre société tout entière, et en particulier la civilisation européenne : le nihilisme libertaire et l’omnipotence du marché. La question qui se posera, par la suite, est celle de la nature de cette transcendance. C’est sur ce dernier point que je vous laisserais établir une réflexion, n’ayant pas moi-même pu trouver de réponse.

I. Une réponse au nihilisme libertaire

Les manifestations contre le mariage entre personnes du même sexe ont été une des révélations de l’année : une part importante de la population française s’est levée, non pas bien sûr contre des droits ou contre des appartenances, mais contre la mise à bas de fondements civilisationnels, à savoir l’altérité maritale, de coutume en Europe depuis plus d’un millénaire.

La protection des fondements de notre modèle familial est donc une part importante du problème : on a révélé un attachement très fort à un des fondements de notre civilisation.

La question est la même vis-à-vis de l’euthanasie. Des religieux, mais aussi des athées, se sont pacifiquement révoltés contre le règne du nihilisme libertaire.

Quésaco ? Le nihilisme libertaire, c’est nier toute essence de l’homme au nom du désir, de la volonté de chacun. Le libertaire est pour une liberté à outrance : c’est un extrémiste qui oublie un fondement de la liberté : l’intérêt général. Il n’y a plus de collectivité humaine, de société : il n’y a que ce qu’Éric Zemmour appelle le « moi je ». Un « moi je » qui nie la nation, qui nie l’État, qui nie la famille, qui nie l’Homme. Bref, qui nie, soudainement, deux millénaires de construction de l’individu et de l’homme comme être politique.

Cette négation se veut également destructrice des frontières et de la nation, ce qui en fait un excellent alibi pour une autre forme de nihilisme : l’omnipotence du marché.

II. Une réponse au nihilisme catallactique

Si vous me lisez depuis quelque temps, vous savez que je ne suis pas anticapitaliste pour un sou ni même un antilibéral. Cependant, comme je le précisais dans un article précédent, l’actuelle forme du capitalisme, mondialisé, devenu un libéralisme dit « néo » ou « ultra » qui est en fait le mondialisme, c’est-à-dire la politique de libre-échange planétaire, est une forme malade de libéralisme.

En effet, cette forme de libéralisme est en réalité un nihilisme catallactique (relatif au marché). Il nie l’économie réelle d’une part, notamment via les excès du marché secondaire (« monde de la finance » si maladroitement attaqué par notre actuel Président de la République), et niant par elle l’homme comme sujet que l’argent doit servir, et non l’inverse. L’économie doit être au service du politique. Aujourd’hui, le marché, l’argent, telle une entité informe, nient la réalité de la société, de l’homme, et notamment la Nation, l’État de droit. Ceux-ci doivent être au service du Marché. Et comme précisé plus tôt, il joue habilement du nihilisme libertaire, les deux étant complémentaires débouchant sur une humanité déracinée et uniformisée en tout point. La diversité est l’ennemi de ces deux nihilismes.

Je vais très vite, car le sujet imposerait un véritable ouvrage afin d’être traité dans ses moindres pores.

La question, sur laquelle je m’arrêterais, est à présent la suivante : quelle transcendance pour demain face au nihilisme ?

III. Quelle transcendance pour demain ?

Quel idéal ? Quelle cause ? Quelle passion ? Quelle conviction ? Quelles énergies, loin de toute tentation fanatique, doit-on mettre en avant de cette lutte ?

Il n’est plus ici question de croyance, mais de nécessité civilisationnelle et humaine.

Alain Soral nous propose, dans son livre désormais référence « Comprendre l’Empire », le catholicisme, le communisme et l’universalisme français.

Dans cette dernière idée, on pourrait proposer tous simplement la res publica (au sens large, incluant la définition de Jean Bodin), l’État, le bonus communis, avec un symbole fort : Marianne, un Roy …

Cette problématique de transcendance renvoi directement à l’identité : qu’est-ce qui fonde notre vivre ensemble, notre communauté ? C’est ici que la Nation et la Civilisation ont un rôle privilégié. Barrès nous propose la Terre. Quel choix ?

Transcendance, légitimité, identité, fondement de l’action (publique et individuelle). En soi, quelle doit être la norme suprême ? Il faut revoir de manière complète notre système de valeurs, lequel a entraîné la naissance des nihilismes dénoncés plus haut.

Je ne vous étonnerais pas en disant que l’intérêt national doit être un facteur majeur, mais également que je pense, à la manière d’un agnostique tel Charles Maurras, que tout en n’étant pas croyant, la religion est facteur d’ordre et de bien. C’est une conception utilitariste que j’assume complètement dans une société qui semble avoir perdu sinon la tête au moins ses repères fondamentaux.

L’affaire Snowden / NSA : stade suprême de la sureté d’Etat

L’affaire Snowden / NSA selon qu’on accuse plutôt l’individu qui a dénoncé ses écoutes ou les services de renseignement américain, sent bon le Watergate et les écoutes élyséennes : là où Nixon et Mitterrand étaient politiciens, l’affaire Snowden / NSA est purement politique au sens strict : il concerne la gestion de la Cité !

Une affaire qui aurait pu donner raison aux europhiles de tous poils qui nous accèdent à coup d’argument fallacieux que l’UE est la seule entité capable de s’opposer aux USA. Démentis par le passé, les eurocrates ont ici été démentis par le présent. L’UE étant incapable de s’opposer de manière ferme et franche au géant Obama dans cette affaire, déjà que François Hollande a refusé l’asile politique à Snowden, chose que le grand Charles n’aurait probablement pas hésité à faire, on sent une réminiscence des bureaucrates bruxellois. L’UE s’est montrée bien timorée, manquant d’un courage qu’on lui louait jusqu’alors, peut-être parce que la quasi-totalité des États membres de l’UE est également partie prenante dans l’OTAN.

Un autre point qui m’interpelle dans cette histoire est le paradoxe américain qui découle de ces révélations. Un pays de liberté et de démocratie, comme se vendent en permanence les Américains relayés en Europe par les libéraux-conservateurs, qui copient une lubie soviétique, c’est ici la question de la protection des libertés et de la sûreté d’un État qui se pose.

Cette problématique est extrêmement large mais nous rappelle qu’un État parfait est un État totalitaire. Orwell en parlera mieux que moi. Si la sécurité et la liberté sont complémentaires, l’un sans l’autre donnera soit la dictature soit l’anarchie, c’est-à-dire la dictature du plus fort.

C’est pourquoi cette affaire sonne l’avènement de la victoire du terrorisme sur nos démocraties : le terroriste veut terroriser, généralement pour instaurer un régime totalitaire. Cela impose la terreur, la peur, le repli sur soi, entraînant paranoïa et délation. Nous avons ici tous les ingrédients d’un totalitarisme diplomatique, touchant tout l’Occident judéo-chrétien.

Et si Ben Laden avait finalement gagné ?

Nature, art et autres futilités …

20130704-200754.jpgUn instant de tranquillité, de maigre bonheur, posé sur un banc en pierre, dans un parc des cimes mulhousiennes.

Je retombe en enfance, en « écriture ». Je me surprends à admirer d’épais buissons et des statues en pierre incrustées dans la terre. Le bruit de l’eau tombant d’une fontaine m’apaise par la douce fatigue auditive qu’il provoque.

Il y a encore quelques jours, ma froideur et mon cynisme me faisaient nier ces plaisirs. 

Ce jardin à la française ne saurait me faire oublier mes partiels, mais pour la première fois de ma vie, je respire.

Je ne sais pas quelle heure il est. Je ne sais pas quand je vais rentrer. Je ne sais pas quoi faire. Je ne saurais presque plus quel jour nous sommes, et rien ne m’inquiète, rien ne me frustre. Rien ne me dérange.

Une accumulation de néant après une accumulation de réussites arrachées au destin, d’espoirs retirés au rédempteur.

Ce havre de paix me suffit. Il sera temporairement mon tombeau. Le Deleatur est immortel, mais pas perpétuel.

Une plume, une feuille, un bloc, et je retrouve le plaisir de l’écriture, de la composition et du dessin.

Ma coque se brise. Je suis apaisé. Il s’agit de ma thérapie. Pas de texto. Pas d’appel. Pas de courriel. Juste moi et mon environnement, fondu comme deux êtres complémentaires : nature et culture…