Day of the Doctor – La critique détaillée [SPOIL]

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C’est l’instant geek du mois.

Après un article un peu très lapidaire paru ce matin, voici ma critique détaillée d’un épisode grandement attendu pour fêter les 50 ans de la série britannique la plus connue au monde et qui vient tout juste de se voir décerner le Guinness World Record du plus gros simulcast pour une série.

Après l’émotion et les frissons, il est temps de faire une analyse posée de cet épisode.

  1. Un épisode de réconciliation

Si quelque chose m’a marqué au cours de cet épisode, c’est sa dimension réconciliatrice que chacun aura constaté.

En effet, je m’explique.

Le nœud principal de cet épisode fait suite aux propos tenus par Matt Smith à la fin « The Name of the Doctor » relativement au personnage joué par John Hurt. Ses actes sont jugés comme ayant été néfastes au point qu’il ne mérite plus le titre de « Docteur ».

Notre épisode présent a permis de boucler la boucle de cette intrigue autour de la période 1996-2005.

Cet épisode tourne autour de la Guerre du Temps. On y voit un Docteur, à trois époques différentes, rongé par ses démons d’une période que nous pourrions comparer au temps de guerre sur Terre : un traumatisme profond s’est installé, au point que certains parlent de John Hurt (que j’appellerais ici 8,5) comme d’un « War Doctor ». Un docteur de guerre, ad hoc suite à une régénération volontaire de Eight (Paul McGann) que nous a fait découvrir le BBC ces derniers jours.

Ce docteur est hanté par les choix imposés par les circonstances, ce qui est le propre des héros et plus largement des hommes d’État de notre temps. Le coté messianique très présent dans la série en ressort renforcé et consolidé. La présence des trois docteurs au même moment sur Gallifrey augmente d’ailleurs cette idée d’intensité.

Cette réconciliation s’affirme également par l’idée de pardon, très présente également ici.

Si on suit la doxa, l’intérêt du voyage temporel résiderait dans la capacité à infléchir voir à réparer le cours des événements passés qui auraient pu se dérouler d’une meilleure manière, même si toutes les fictions autour de ce sujet ont une tendance à la responsabilisation.

Cette logique a été comprise au sens propre par les humains du Teselecta dans « Allons tuer Hitler », mais avait déjà eu l’occasion d’être tempérée de nombreuses fois, notamment dans « La Chute de Pompéi », épisode vu et revu depuis le 4 août dernier.

« Le Jour du Docteur » ne fait pas exception, puisque l’intrigue tourne en grande partie autour de cette idée de réparer les erreurs du passé, devenues erreurs du futur pour 8,5. L’illustration la plus frappante est la scène où les trois protagonistes touchent ensemble le détonateur.

On y voit un apprentissage du pardon, continué par les mots de Clara (Jenna Coleman) résumant les trois docteurs en présence : « Le guerrier, le héros, et vous ».

Cette dernière jouera également, comme Billie Piper (voir en infra), le rôle de conscience décisive permettant de sceller une réconciliation par un titre de « Docteur » retrouvé pour 8,5.

L’idée de réconciliation est associée à celle de bonheur, et c’est une nouvelle fois le cas avec un humour habituel dont on ne se lasse pas, tels que la scène de Ten avec un lapin, Eleven avec l’employée asthmatique, la scène attendue de comparaison des tournevis ou encore les calculs inutiles pour sortir de la prison.

Cela permet de faire de cet épisode une rencontre des générations dont nous a déjà habitué la BBC.

Ici, on sent un homme fatigué, un vieillard, aux airs de tuteur, face à son futur, plus jeune de fait mais bien plus âgé. Une seule et même personne, sous trois aspects différents dont les personnalités contrastent avec leur apparence. Un caractère propre de la série dont on ne se lassera jamais d’analyser (pardonnez-moi d’avance pour la vanne pourrie du week-end) les Tennant et les aboutissants, comme une métaphore de trois périodes de la vie d’aujourd’hui : la jeunesse blasée, le mi-âge raisonné et le troisième âge expérimenté.

Les deux phrases cultes de nos derniers interprètes contrastent, dans ce sens, avec un « bonté divine » sous forme de plainte.

Cette réconciliation sonne donc comme une psychanalyse, dont la scène la plus marquante sera elle de la tentative de conviction de ne pas détruire Londres par explosion d’une ogive nucléaire. « Je l’ai fait, mais c’est mal ».

Cela sonne comme une purge de toutes les chimères passées, permettant à l’histoire de repartir de plus belle.

  1. Un épisode charnière

Cet épisode est également charnière dans toute la série, puisqu’il permet de faire le lien entre les deux périodes en comblant le trou béant de la période 1996-2005.

Les génériques de début et fin font tous deux référence aux périodes précédentes. Le générique d’ouverture est un hommage clair à la première saison, tandis que le générique de fin – de toute beauté – mélange savamment le style contemporain et le style 1970-1980 avec le visage et la musique aux airs extra-terrestres très poussés.

Si je parle de charnière, c’est également du fait des références, volontaires ou non, au téléfilm de 1996, qui m’avait laissé un goût très atlantique. Pour cause, le téléfilm est à moitié américain.

Le début de notre épisode d’hier soir est également très typé. La musique accompagnant les premières scènes, l’hélicoptère, l’attaque des Zygons au QG du UNIT– qui m’a rappelé certaines scènes d’« Independance Day » de Roland Emmerich – ou encore le côté très « British Men In Black » déjà très présent dans le spin off « Torchwood ».

Une américanisation de la série probablement voulue du fait que les détracteurs de la série ont fait des effets spéciaux un argument pour expliquer leur désintérêt.

Comme le temps, et surtout comme la série elle-même nous y a habitués, l’épisode est entrecroisé de références et de recoupements multiples qui imposent plusieurs visionnages, tels que le tag « No more » inscrit sur un mur de Gallifrey, l’appel téléphonique d’un employé pour déplacer le tableau ou encore le « Je me souviens de ce machin truc … Enfin, un petit peu. » lancé par Matt Smith à l’ouverture du portail.

Tout le talent des scénaristes réside dans cette suite d’éléments qui s’imbriquent de façon harmonieuse et sans lourdeurs.

L’idée de charnière est également confirmée par le caméo attendu de Billie Piper, interprétant un « Bad Wolf » dont le nom sonnera aux oreilles de Ten tout en n’étant visible que par le Docteur de John Hurt.

Elle se présente comme étant la « conscience » du « moment », tout en étant une partie du passé ou du futur du Docteur. Cette qualification alimente les interrogations que nous pensions dissipées sur la qualification donnée à John Hurt.

En tant que conscience, on s’interroge vite sur les moyens de remplir sa fonction. Elle ouvre une fenêtre sur le futur, ce qui trouble encore plus le jeu puisque son arrivée manifeste une turbulence dans le déroulement de l’histoire tel qu’elle était censée s’être déroulée jusqu’ici. Un présage pour la saison 8 ?

Comme je l’ai précisé plus tôt dans la journée, on regrette que l’action soit limitée aux flash-back sur les événements de la Guerre du Temps, impression d’autant plus manifeste que les Zygons – extra-terrestres plus aperçus dans la série depuis « Terror of Zygons » diffusé en 1975 – s’ils sont plaisants à (re)voir en action, semblent ajoutés pour ajouter un peu de rythme.

Enfin, je ne pouvais pas terminer cette section – ni cet article – sans parler de deux caméos d’autant plus remarqués qu’ils étaient inattendus pour beaucoup : Peter Capaldi et Tom Baker.

Du côté de notre ancien champion, celui-ci est présent dès les premières minutes de l’épisode par l’écharpe portée par l’employée asthmatique (laquelle devrait, je devine, prochainement jouer un rôle plus important dans la série), jusqu’aux dernières secondes où, conversant avec Matt Smith, il semble annoncer la suite des aventures de notre protagoniste.

Du côté de notre nouvel interprète, celui-ci arrive au moment du gel de Gallifrey. On y verra un des meilleurs moments de l’épisode, lequel ne durera cependant que 8 secondes, le temps d’annoncer que 13 docteurs encerclent Gallifrey, de voir sa main actionner une commande du Tardis et ses yeux fixer la caméra.

Ce regard laisse deviner une personnalité proche d’un autre docteur, également joué par un Britannique, mais qui a plus de succès de notre côté de la Manche : Docteur House. Une personnalité à la fois brillante – comme souvent ici – et cynique, sans tomber dans les travers du mal-aimé Colin Baker, serait à envisager.

Voilà ce que je pus vous dire sur mon ressenti de l’épisode. Bon début de semaine à vous :).

Au final, un bon épisode avec cependant quelques effets de manches scénaristiques qui ne sont là que pour faire joli, c’est pourquoi je lui donne ici une note de 16/20.

N’était que profane (je n’ai réellement découvert la série qu’en août dernier), je laisse aux puristes le soin d’apporter leur contribution à cet article.

« Vous m’avez dit qu’en choisissant ce nom, vous aviez fait une promesse. Quelle était cette promesse ? » – « Jamais de cruauté. Jamais de lâcheté. Jamais abandonner. Jamais se rendre. »

N.B. : Dans le premier tiers de l’épisode, on trouve la photo d’un robot accroché sur un support au QG souterrain du UNIT. Je n’arrive pas à saisir ce dont il peut s’agir, sachant que la ressemblance avec un Cybermen ne saute pas aux yeux.

Day of the Doctor / Doctor Who 50th – Verdict (SPOILERS)

Episode charnière de la nouvelle série, signe de réconciliation du Docteur avec son passé et annonciateur d’une saison 8 au ton nouveau, d’ores et déjà lancé par une petite surprise à 1:06:30.
1h16 de frissons et d’émotion avec un caméo remarqué de l’excellent Tom Baker.

On regrette toutefois le manque de rythme – limité aux scènes de flashback – et un caméo de Billie Piper sans intérêt, mais assez négligeable pour faire regretter l’audience qui aurait pu être bien plus présente (719 000 téléspectateurs hier soir).

« Vous avez fait une promesse en choisissant le nom de ‘Docteur’. Quelle était cette promesse ? » – « Jamais de cruauté. Jamais de lâcheté. Jamais abandonner. Jamais se rendre. »

Et vous, quelle est votre opinion sur l’épisode d’hier soir ?

1399424_10153441451000389_1979569037_oSi vous n’avez pas eu l’occasion de le voir, retrouvez-le en replay ici.