L’improbable réforme territoriale, nouvelle victoire du conservatisme et du consensus sur la raison et le politique

La nouvelle carte des régions s’est dévoilée dans le seul consensus de son refus. La réforme territoriale semble patiner dans la semoule, et pour cause : une nouvelle fois, on continue, comme toujours, de se coucher devant les deux grands maux de la politique française : le conservatisme et le consensus.

Le conservatisme, parce que chacun reste sur ses positions : les Alsaciens veulent rester alsaciens, les Bretons, bretons, et ainsi de suite, oubliant que la plupart des régions sont des montages qui n’ont rien à voir avec les anciennes provinces. En témoignent les réactions, en partie légitime, suite au projet de fusion Champagne-Ardennes-Lorraine-Alsace, entraînant une pétition du maire UMP de Mulhouse que j’ai moi-même signé pour une raison simple : l’Alsace a vocation a fusionner avec la Lorraine, mais pas avec la Champagne. Manifester l’opposition de ce gigantesque fourre-tout passe par un message fort, et bien que je ne sois pas régionaliste pour un sous, le Gouvernement doit comprendre qu’une réforme passe par la cohérence : l’Alsace n’a rien à voir avec la Champagne, que ce soit économiquement ou culturellement. D’autant que l’intégration de la Champagne-Ardenne (qui est une magnifique région) met en branle un équilibre qui laissait à Strasbourg la place qu’elle mérite. Au final, l’intégration de la Champagne a réveillé les ambitions nancéennes, messines et rémoises.

Le consensus, parce qu’on refuse de prendre les choses en mains et de s’interroger sur la suppression pure et simple de l’échelon régional, pour enfin revenir au modèle républicain classique du département, chose que proposait Michel Debré en son temps repris récemment par le sénateur UMP Philippe Marini. Un tabou gigantesque que personne n’ose briser et pour cause : depuis 30 ans, nous vivons dans le culte de la Région, qui est passé d’entité économique, comme ce fût le cas à l’époque gaullienne, en une résurgence des provinces. Il est d’ailleurs risible de voir que jacobins et régionalistes se retrouvent pour des raisons opposées dans le refus des grandes régions, les uns craignant les Länders, les seconds craignant une re-centralisation. J’ai toujours eu une position intermédiaire, et à mon sens, les deux ont raison.

Ce problème de consensus est également visible dans la méthode de la réforme : on refuse de démanteler certaines régions pour ménager les sensibilités, comme la région Pays-de-la-Loire, Midi-Pyrénées, Centre, Bourgogne, Franche-Comté (avec la réunification de la Haute-Alsace) ou encore la Lorraine. Le principe du demantellement de certaines régions est pourtant une solution, puisque nombre de régions sont des patchworks de provinces, comme la région Poitou-Charentes, la région Centre ou encore la région Midi-Pyrénées. L’exemple le plus criant ayant été Rhône-Alpes, région constituée au début des années soixante autour d’une partie de la Bourgogne historique, de la Savoie, du Lyonnais, du Languedoc, du Venaissin et du Dauphiné.

Un problème qui se constate également – et c’est encore plus malheureux – sur le plan politicien vis-à-vis de la Picardie, que personne ne veut de part le poids du Front National qui pourrait bien faire chuter de son piédestal la mère Aubry. Encore une fois, le barrésien que je suis n’ai rien contre les entités régionales, mais elles ne doivent pas prendre le pas sur l’Etat central et surtout doivent s’adapter au XXIe siècle. Je suis moderne sans être progressiste : la nation doit évoluer si elle veut rester maîtresse de son destin dans le concert des nations.

Puisque c’est à la mode : voici mon découpage régional, tentant une synthèse entre une France technocrate à la Fromantin et une France des provinces. 10527902_10203402231549885_6933169613021742681_n Pour ceux qui voudraient s’y essayer, vous pouvez sur le site du Monde.

Edit du 24 juillet 2014

Voici ma France à 12 remaniée, incluant (notamment) le Grand Paris et une reconstitution d’une partie du Val de Loire.

Sans titre 4

Philippe Marini (sénateur UMP, membre de la Droite populaire et candidat à la présidence du Sénat) : « Pour une France à 50 départements »

Philippe_Marini_utcL’Opinion, mardi 10 juin 2014
 

À l’heure où notre pays et nos concitoyens ont plus que jamais besoin de repères pour se projeter dans l’avenir, la proposition de François Hollande de supprimer les départements et de fusionner les régions repose sur une vision abstraite et désincarnée de l’organisation du pays, qui néglige son histoire et sa géographie. Pourquoi ne pas inverser le raisonnement ? Pourquoi ne pas renforcer le rôle des départements auxquels les Français sont si attachés, tout en revoyant leur carte progressivement et dans la concertation, leur nombre, et certaines de leurs attributions ?

Les départements sont les véritables « briques » de la République française. Ils incarnent son histoire culturelle et administrative. Ils représentent l’échelon de proximité indispensable dans lequel les Français de chaque territoire se reconnaissent.

A qui le gouvernement fera-t-il croire que la suppression des conseils généraux serait un puissant frein à la dépense publique ? Chacun sait qu’une réforme administrative, qui doit fusionner des collectivités, choisir de nouveaux sièges et muter des équipes de fonctionnaires, suppose d’abord de réaliser des investissements coûteux. Ce ne sont en aucun cas des économies dans le court et le moyen termes, surtout à partir d’un système qui garantit à chaque fonctionnaire la sécurité de son emploi. Et comment imagine-t-on rapprocher l’administration des citoyens si l’on fusionne des régions déjà très lointaines, en leur incorporant en outre certaines compétences départementales ?

Est-ce à dire que l’on ne pourrait ni ne devrait rien changer à l’organisation territoriale de la République ? Bien sûr que non. Mais le changement vraiment nécessaire est ailleurs. L’expansion urbaine conduit logiquement à l’émergence des métropoles qui exerceront, sur un territoire limité, toutes les compétences décentralisées, qu’elles soient communales, intercommunales ou départementales.

Une telle évolution laisserait subsister des morceaux de départements qu’il faudra bien rattacher à des collectivités départementales voisines. Pourquoi ceci ne serait-il pas l’amorce d’une réécriture de la carte départementale ?

En d’autres temps, et dans l’une des visions qui l’habitaient, Michel Debré évoquait le schéma d’une France à cinquante départements. Il exprimait ainsi sa conception de la modernité mais aussi sa très forte réticence à l’égard de la constitution d’entités régionales qui lui semblaient menaçantes pour l’unité de la République. Une telle approche mériterait d’être de nouveau approfondie. Des départements renforcés seraient en mesure de s’associer pour gérer les compétences régionales de leur ressort. Nos concitoyens n’auraient plus à élire que des conseillers généraux ou départementaux, ou territoriaux si l’on préfère. Les élus régionaux issus de la proportionnelle et dont le déficit de notoriété est en général éclatant, s’évanouiraient dans un paysage qu’ils ont en fait très peu habité. La simplification serait au rendez-vous, et se ferait sans traumatisme, à condition de confier à un processus neutre le soin d’assurer le nouveau découpage. L’Assemblée élue retrouverait, à côté du Préfet, toute sa légitimité.

Cette entreprise de refondation des départements mériterait mieux qu’un revers de main ou une réaction excédée de la part d’un Gouvernement soucieux de communiquer dans le sens de ce qu’il estime être le politiquement correct du moment…

Pensée du lundi – Malheurs de l’âge adulte

The_Legend_of_Zelda_Ocarina_of_Time_logo

Redécouvrant The Legend of Zelda: Ocarina of Time (qui est et restera à mon sens un des meilleurs jeux de tous les temps avec Zone of the Enders sur PS2), je flâne tranquillement dans la plaine d’Hyrule quand, tombant sur le domaine des Zora, ma pensée première vient d’abord à la fille d’une ex-ministre qu’à ces créatures de l’eau.1000px-Zora

Dans la même veine, je me suis demandé comment la bouteille du message de la princesse Zora a pu sortir du ventre de Jabu-Jabu (dialogue d’initiés). Je sens que cette redécouverte sera … intéressante.

Oui, redécouvrir les jeux de sa jeunesse avec le regard d’un connard de 24 ans, c’est épic.

Chroniques d’une errance ordinaire (II)

Il est 8 heures. Je me prépare à une nouvelle journée de réflexion. La crise de la vingtaine traîne, alors que je sais ne rien avoir à envier à mes compères.

Une impression perpétuelle de retard dans le cheminement de ma vie. Plus qu’un retard, c’est la vélocité d’événements qui n’ont plus aucune synchronisation avec mon rythme biologique qui me font penser de plus en plus à cette fin qui approche, et au vide que constituerai ma vie si celle-ci s’achevait brutalement.

 

Les commerces mulhousiens se préparent à ouvrir. Les façades des officines s’ouvrent progressivement. Les rues sont en plein toilettage. Les services commerciaux et municipaux, de manière quotidienne, font l’alliance du public et du privé pour permettre à cette ville tellement décriée d’être la plus vivante et la plus attractive possible pour l’administré-consommateur.

L’urbain se mêle souvent au naturel, mais c’est vers celui-ci que je me dirigerais une douzaine d’heures plus tard.

 

Une promenade crépusculaire, dans un lieu de recueillement où eau et terre se rencontrent, comme deux blocs séparés de façon quasi diplomatique.

Je me retrouve donc, après un long périple, qui m’amènera à penser à voix haute à cette vie dont je ne serai jamais satisfait, au bac d’un plan d’eau régulièrement fréquenté par la jeunesse locale.

Il se fait tard, et le lieu est connu pour regrouper certaines pratiques. C’est donc armé, non par paranoïa, mais par sûreté, que je m’avance dans la pénombre.

À genoux au bord de l’eau, un couteau dans une poche, je me penche de plus en plus vers cette aire aqueuse reflétant un coucher de soleil nuageux. Le ciel me tombe doucement sur la tête. La foudre me ramène à cette humble vérité que mon dynamisme supposé me fait souvent oubliée : il y aura toujours une part de fatalité dans les événements.

 

Couteau en main, je renverse le rapport de force, faisant face au ciel orageux comme pour défier la fatalité.

Il serait beau de finir ici, mort au bord d’un lac, seul, la gorge tranchée après plusieurs échanges empreints de pathétique. J’aime trop la vie pour avoir de telles pensées, mais je ne peux m’empêcher d’y voir un aboutissement à cette vie que je trouve si morne. Ce serait beau et laid à la fois. Je ne ferai rien, pas d’inquiétudes, je n’ai pas ce caractère, mais ce serait un fait littéraire extraordinaire.

Le seul adversaire contre lequel la fuite est un signe de courage, c’est soi-même. Le suicide est un signe de faiblesse, et c’est probablement pour cela qu’il m’arrive de remercier mon orgueil gargantuesque …