Le crépuscule des idoles

Avec la réussite du référendum grec lancé par Alexis Tsipras avec plus de 61% des voix contre le plan d’aide européen, les conséquences n’ont pas été les plus lentes.

Pour premier exemple, pensons à la démision du sulfureux ministre des Finances Yanis Varoufakis, destiné à aider les négociations. Un coup politique au sens le plus noble puisque Tsipras l’a remplacé par Euclide Tsakalotos, négociateur parfaitement anglophone mais … eurosceptique. Tsipras a adoucit la forme pour durcir le fond. Un imparable coup politique dans une Europe d’administrateurs.

Deuxième conséquence : la mise en difficulté d’Angela Merkel. Tsipras aurait-il tué Merkel ? Nous le verrons mais on peut noter que l’actuelle chancellière, obligée de demander l’accord du Bundestag, va avoir du fil à retordre avec sa majorité. Un élément qui montre les défaillances du régime parlementaire, le Président français pouvant débloquer, lui, des fonds à tout moment puisque tout est géré par l’exécutif.

Mais c’est du coté des réactions politiques que l’intérêt est le plus grand.

En effet, Alain Juppé, qui ne nous avait pas habitué, comme Giscard, à des déclarations europhobes, prend le pari de la cohérence grecque : qu’elle sorte de l’Eurozone. Du bon sens, mais il ouvre une boite de Pandore et tombe dans un piège savamment tendu par Tsipras, qui gagne du terrain contre l’Euro par les faits, puisqu’aucune solution n’est bonne.

En effet, il y a deux solutions, chacunes ayant en commun un long-terme : la fin de l’Euro.

Soit la BCE et les créanciers acceptent de prêter à la Grèce, auquel cas les Etats qui se sont saignés (Irlande en tête, suivie de l’Espagne, Portugal, Italie …) verront d’un très mauvais oeil ce qui constituerait une injustice réelle, augmentant les tensions internes à la zone.

Soit la Grèce sort de l’Euro, prouvant que cela est possible, et poussant à l’effet domino. L’Euro s’effondre.

Dans tous les cas, l’idéologie europhile sera ébranlée.

Ce sont les solutions extrêmes. Je fais confiance à nos technocrates pour faire un grand écart et sauver l’Euro envers contre tout, mais les raisins de la colère seront toujours là, sous-jacents …

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La revanche d’Agénor

Il fait chaud, très chaud, très très chaud cette semaine, avec un pic à Bruxelles : entre référendum et dettes souveraines, la Grèce risque le défaut de paiement le 20 juillet prochain (le FMI n’étant pas un Etat, sa dette n’est pas une dette souveraine).

Seulement, ce débat nourrit beaucoup de passion, et les coupables sont des deux côtés.

Les Grecs (ou plutôt leurs autorités) sont tout aussi responsables de la situation que ne l’est la Troïka.

On souffre ici d’une administration grecque incompétente et d’une construction européenne totalement folle.

  1. Une Grèce gangrenée par la corruption et la sous-administration

34,9% d’imposition, pas de cadastre, pas d’administration fiscale, une fraude incroyable, 20 milliards d’euros par an (ce qui est prêté) qui passent légalement entre les mailles des filets …

Ajoutons-y un patrimoine médian en Grèce supérieur à celui des Allemands (chiffres de la BCE), une église orthodoxe super-privilégiée, un ratio import-export de 2 pour 1 et une fonction publique sur-représentée et inadaptée … Le tout couvert par une entrée dans la zone euro totalement frauduleuse … Le problème grec est en grande partie un problème intérieur.

Tsipras fait peur. Et pour cause : c’est le premier, avec Cameron et Orban, à faire de la politique comme on en faisait encore sous Thatcher et De Gaulle. Ce ne sont pas des administrateurs contrairement aux autres chefs d’Etats et de gouvernements européens.

Mais en tant que tel, si le Grexit semble être une bonne chose (confirmée par plusieurs centristes, c’est dire si le projet est admis), il faudra voir précisément quels sont les conséquences pour le pays, notamment de l’augmentation de la dette et des problèmes d’adaptabilité de l’économie grecque aux conséquences d’un Grexit. Je laisse le débat ouvert, n’étant pas hostile à la fin de l’Euro, loin de là.

  1. Une Europe gangrenée par l’idéologie et la sur-administration

Mais, la situation grecque n’est pas exclusivement le fait de dirigeants et d’une bourgeoisie corrompue. Elle est également nourrie par un système financier à bout de souffle et incontrôlé ainsi qu’une monnaie unique mal construite.

Cette mauvaise construction est née de 3 vices qu’a très bien constatés Jean-Pierre Vesperini (prof d’économie à Dauphine, Rouen, IEP et EHEC, major à l’agrégation des facultés de droit et sciences politiques) : l’intangibilité des taux de change, l’unicité des taux de change au niveau extérieur et la multiplicité des taux d’intérêts réels entre les pays de la zone.

Comme l’a rappelé Jacques Sapir, l’Euro n’est rien d’autre qu’une fixité des taux de change.

L’Eurozone n’est pas une zone monétaire optimale en grande partie de ce fait : les taux d’intérêt ont remplacé les taux de change. Encore fallut-il donc permettre une unicité des taux d’intérêts, lesquels dépendent de l’économie des Etats.

La première chose aurait donc été une convergence économique. Chose qui n’existe pas et qui provoque tant de problèmes au sein de la zone.

L’UE est une institution sui generis, ce qui suppose des clarifications afin d’asseoir des solution.

Mais les solutions sont bien divergentes également, comme l’ont fait constater les rencontres parlementaires pour l’avenir de l’Europe, présidées par le député Les Républicains Julien Aubert.

Ces solutions, elles sont au nombre de trois :

Une Europe calquée sur l’ALENA, à savoir un simple espace commercial.

Une Europe des Nations, qui obtient ma préférence, sur le modèle de l’ONU.

Enfin, une Europe « fédération économique » comme l’est le FMI.

Les trois solutions supposent un sacrifice : la Grande-Bretagne, la Commission ou les peuples.

Vous vous doutez bien que mon choix de sacrifice porte sur la Commission européenne.

  1. Conclusion : L’Europe des Nations et de la politique contre l’Europe des technocrates et de l’idéologie

On a donc une opposition fondamentale entre une Grèce berceau de la démocratie européenne sous-administrée et une UE technocrate, gangrenée par les lobbies et sur-administrée.

Il va régner une hiérarchie : les nations et les peuples, ou l’Europe et la finance ? La démocratie ou la bureaucratie ? La croissance ou les créanciers ?

Au niveau monétaire, le choix se pose également : continuer l’austérité sur la durée (on parle de plusieurs dizaines d’années), ou accepter une sortie de l’Euro et une grande saignée une fois pour toutes ?

Voilà donc le choix qui est en face de nous. Il est extrêmement difficile de trancher, tant les « méchants » sont des deux cotés. Tous sont coupables. La solution dépend d’un choix politique, dans une Europe des administrateurs.

Les hommes politiques sont morts il y a plusieurs années, et ce n’est pas la mort physique récente d’un des derniers d’entre eux qui estompera cette impression …

Le dernier gaulliste …

Avec du retard, je vous joins un hommage à feu Charles Pasqua.

En tant que gaulliste, j’y tenais. N’ayant pas le temps de faire un article digne de ce nom, je vous joins l’hommage rendu par le député Les Républicains des Yvelines Henri Guaino, ainsi que ma réaction immédiate à son décès.

Un des derniers hommes politiques que notre pays ai connu, que j’eus une temps espéré voir émerger en Poutine français, malheureusement sans succès. Son souverainisme, son pragmatisme vis-à-vis du FN et le dégoût qu’il provoqua à gauche en ont fait un homme politiquement très intéressant. Son histoire personnelle en a fait une légende.
Il a rejoint Séguin, Messmer, Peyrefitte, Pompidou, de Gaulle … et de là où il est, ne doutons pas qu’il ne se privera pas d’engueuler tous les « bougres d’âne », comme ont aimé lui faire dire des marionnettes qui ne seront peut-être plus de ce monde non plus sous peu.

Mon maigre hommage

« La nouvelle est tombée cet après-midi.
Résistant à 16 ans, gaulliste, fondateur du SAC, ministre de l’intérieur emblématique, cet homme de réseaux était l »un des derniers tenants d’un gaullisme orthodoxe et compagnon de route de Philippe Séguin en 1992, sa disparition laissera un vide dans un paysage politique gangréné par les technocrates pour qui le mot ‘administration’ a remplacé le mot ‘politique’. »

« Avec la mort de , il ne reste que 5 hommes politiques en France : , , , , . » (J’aurai pu ajouter Giscard et Juppé)

L’hommage du député Henri Guaino
« Charles Pasqua nous a quittés.
Il disait : pour faire de la politique, il faut aimer les gens.
Il aimait les gens.
Et je l’aimais.
Je l’aimais parce qu’il était l’un des hommes les plus généreux que j’ai rencontrés.
Parce qu’il était l’un des hommes les plus fidèles en amitié que j’ai connus.
Parce qu’il avait l’accent du midi et que c’était l’accent de la sincérité.
Parce qu’il aimait la vie et qu’il avait voué la sienne à servir son pays depuis qu’à l’âge de 15 ans il l’avait risquée pour lui.
Parce qu’il a souvent été trahi mais qu’il n’a jamais trahi personne.
Parce qu’il a donné beaucoup tout en sachant qu’on ne le lui rendrait pas.
Parce qu’il était un homme d’honneur, un homme de parole.
Parce qu’il avait le sens de l’Etat.
Parce qu’il appartenait à cette race d’hommes pour lesquels la raison d’Etat ne se discute pas.
Je l’aimais comme il aimait les gens, comme il aimait son épouse, sa famille, ses compagnons, comme il aimait la vie, comme il aimait les Français, comme il aimait la France.
Je l’aimais parce que c’était un homme bon, un homme bien, un homme d’Etat et qu’il incarnait cette idée de la politique qui est toujours un combat pour quelque chose de plus grand que soi.
Les grands personnages, les donneurs de leçons, les bonnes consciences qui n’ont jamais rien fait, qui n’ont jamais pris un risque pour leur pays, jamais rien donné aux autres, ne l’aimaient pas. C’étaient les mêmes qui ont toujours détesté De Gaulle et les Gaullistes. Les petites gens l’adoraient.
Si vous voulez un sentiment vrai, cherchez-le chez les petites gens.
Charles Pasqua était Gaulliste. Dans sa tête bien sûr. Aussi dans ses tripes. C’était comme cela. Depuis toujours et à jamais. Le dernier ? Non, mais l’un de ceux qui ont gardé vivante, envers et contre tout, au milieu des vicissitudes de la vie politique, la foi dans une certaine idée de la Nation, de l’Etat et de la République. Quand il disait « La France » avec l’accent, on avait envie d’y croire encore.
Pour ça, pour tant d’autres choses, je veux lui dire merci.« 

« Nous ne sommes pas moins résolu que le pire des fanatiques à défendre ce que nous sommes, mais nous, nous le faisons en conscience et en homme libre, et c’est pour cela que notre foi, religieuse ou laïque, est supérieure à celle du fanatisé. »

« L’Europe fait fausse route en essayant d’imposer aux Nations un carcan juridique et des institutions quasi fédérales. »