Zemmour, l’homme providentiel du camp national

51U-jNtlTrL._SX316_BO1,204,203,200_Jeudi dernier est sorti un ouvrage assez attendu de la sphère réac’, écrit par le rédacteur adjoint du service politique de Valeurs actuelles Geoffroy Lejeune (qui porte, bien son nom puisqu’il n’a que 27 ans), à savoir « Une élection ordinaire », fiction politique aux airs d’utopie qui imagine l’accession du polémiste réactionnaire le plus connu de l’Hexagone et du monde francophone en général, à savoir Éric Zemmour.

Un ouvrage utopique, mais qui m’a permis de mettre le doigt dans un engrenage : et si Eric Zemmour était l’homme providentiel que le camp national recherche depuis bientôt 25 ans, oubliant ses errements passés ?

Je crois en effet depuis longtemps que cet homme providentiel serait un entrepreneur ou un libéral classique (au choix, les deux ne se confondant évidement pas), de culture ou de confession catholique et profondément patriote. Une croyance qui me pousse aujourd’hui à soutenir François Fillon dans le cadre des primaires de 2016.

L’union du camp souverainiste me pousse naturellement à mettre le libéralisme économique de côté (pour des raisons liées à la structure du souverainisme français). En bon gaulliste, j’ai toujours mis le sort de la France et de l’Homme au dessus du reste.

Malgré cette croyance en un homme providentiel libéral-compatible qui reste très ancrée du fait du caractère fictionnel de l’ouvrage de Lejeune, la sortie de ce livre pose la question de la place d’Éric Zemmour dans le combat souverainiste et réactionnaire – Zemmour étant à la conjonction de ces deux traditions que le système médiatique vomit.

Dans l’ouvrage de Geoffroy Lejeune, Patrick Buisson et Philippe de Villiers (l’homme d’État dont je me sens par ailleurs le plus proche) convainquent le polémiste de se présenter à l’élection présidentielle de 2017, avec une phrase savoureuse qui tourne depuis déjà plusieurs mois : « Marine Le Pen est de gauche, Sarkozy est un traître, Hollande est mort. Il y a un espace pour toi, Éric. Tu dois y aller ».

Dans l’exécutif du nouveau président : un magnifique condensé de la droite radicale, gaulliste, souverainiste et quelques libéraux-conservateurs.

On note (et c’est à mon sens une perle de l’ouvrage que je dévore ce weekend) la présence à Matignon d’Henri Guaino. Ce dernier aurait, sur les dires de Geoffroy Lejeune, été offusqué (avec humour) de ne pas être à la place de Zemmour.

Éric Ciotti, député et président du CD06, succède à Christiane Taubira.

Sans vous en dire trop, on retrouvera dans ce même gouvernement notamment Marion Maréchal et Nicolas Bay pour le RBM ou encore le secrétaire général des Républicains Laurent Wauquiez.

L’option offerte par le journaliste de VA (qui n’a pas lésiné sur la promotion de son jeune collaborateur dans le numéro de cette semaine) est donc des plus alléchantes.

Zemmour y est donc posé comme trait d’union entre les droites et plus globalement entre les souverainistes (il inspire un grand respect dans une certaine frange de la gauche eurosceptique, Chevènement en tête).

Vous me connaissez, couteauiste convaincu, la perspective ne saurait être plus plaisante. Je me suis toujours situé à la conjonction des droites républicaines et extrêmes. J’avais adhéré au SIEL pour cette raison, avant de le quitter pour les motifs que l’on sait.

Or, puisqu’un parti ne peut pas faire la conjonction des deux droites, pourquoi pas un homme ?

Un homme de lettres, écrivain et penseur, haït des bien-pensants.

Un homme cultivé, portant des idées majoritaires même s’il est clivant.

Un homme d’idées majoritaires dans le peuple, mais pas dans la représentation médiatique, à l’inverse de la confusion que nous sert le monde germanopratin.

Un homme clivant, certes, qui souffre du paradoxe lepeniste : ses idées plaisent, mais pas l’homme. Le réflexe pavlovien qui risque de poser effectivement problème, mais souvenons-nous que le Général était également un individu très clivant.

Mais une autre ombre risque de fissurer la belle utopie de Lejeune : Éric Zemmour lui-même.

L’homme n’est pas, en effet, un féru de politique politicienne. Ayant refusé les avances de Philippe Séguin en 1992, puis de Nicolas Dupont-Aignan et de Marine Le Pen, celui qui est officiellement boycotté par Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadelis assume ne pas supporter la discipline de parti (chose avec laquelle j’ai moi-même du mal, en témoigne Je suis le Département) et qu’il ne tiendrait pas 15 jours dans la fonction de chef d’État (non pas qu’il risque le putsch, mais plutôt une dépression) n’a pas le style du politicien classique.

S’il assume volontiers de faire de la politique à sa manière, son refus de la logique partisane, lui qui se définit comme gaullo-bonapartiste, devrait paradoxalement être un atout de taille dans la conquête de l’Élysée. Son premier ministre fictif ne disait-il pas que la logique gaullienne se jouait des primaires ? Un argument qui devrait moucheter les tocards qui confondent présidentialisme et bonapartisme.

Des contre-arguments bien minces qui devraient laisser la porte ouverte à celui qui, dans le livre, a commencé à 4% d’intentions de vote quand les véritables sondages lui créditent 12% de suffrages potentiels.

La droite coincée entre un Judas et Georgette Marchais aurait tout intérêt à considérer que l’homme de 2017 n’est pas celui qu’on croit.

Alors, Eric, on vous attend !