Régionales 2015 : « Tout le monde a gagné », surtout la peur ! – les leçons d’un Tien’anmen électoral

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Ce lundi, le journal Libération a publié un article intitulé, « Les chiffres le disent : tout le monde a gagné », évoquant une victoire des trois forces principales. Arithmétiquement c’est vrai, mais pas sur le plan de l’état actuel de l’opinion, où le grand vainqueur n’a pas de parti et de ne se mesure pas sur le plan électoral.

Le vrai vainqueur, ce dimanche, a tout simplement été la peur.

Je l’évoquais la semaine dernière, cette campagne a été particulièrement dégueulasse, et la suite ne l’est malheureusement pas moins, à croire que certaines on oublié qu’elles se sont pris une branlée et que le FN a fait son meilleur score de tous les temps : 6,8 millions de voix dimanche soir, soit une augmentation de 800 000 voix entre les 2 tours. « Le vote de colère ? Je ne vois pas. Tiens Manu, passe-moi le caviar ».

La France du pays légal s’est mis en route dès dimanche 6 décembre à 20 heures pour faire ce que l’URSS ou la Corée du Nord n’aurait pas osé faire : une semaine de bourrage de crâne, jouant sur les peurs, incitant à la haine de l’électeur FN. Je ne vais pas refaire une liste de ce qui m’a donné envie de m’enterrer dans un bunker ad vitam aeternam.

Cette campagne m’a rappelé la campagne d’entre-deux tours de 2002. Il manquait juste les gousses d’ail, les crucifix, la suppression des isoloirs et l’inscription du vote FN dans le Code pénal.

Bref, et cet article est surtout destiné à mes amis Républicains : ce n’est pas par un jeu électoraliste, espérant des reports de voix, que notre famille redeviendra crédible, mais par des actes, portés par une éthique et les valeurs qui nous ont fait triompher auparavant et qui sont un socle sur lequel bâtir une droite moderne.

Nous avons gagné arithmétiquement, mais l’arithmétique et les élections sont-elles les seuls enjeux politiques ?

Le système politico-médiatique, médias, PS et ses affidés intellectuels (UDI et l’aile centriste des Républicains, dont NKM à laquelle je dis avec joie et soulagement un très chaleureux « au revoir ») a mit le couteau sous la gorge des gens pendant une semaine.

Nous avons gagné, mais pas pour notre projet. Pas pour l’alternance, non. Nous avons gagné, car le système politico-médiatique a joué la carte de la peur et des bas instincts, des intérêts sociaux et de la haine, et les gens ont suivis. Ils ont voté pour nous, mais pas pour les bonnes raisons. Les médias leur ont comme toujours foutu la trouille, et la trouille n’est jamais un bon argument politique. Il ne fait que repousser et non guérir.

Au ras le bol, à l’exaspération, à la demande de renouveau, nous avons proposé la peur et la stigmatisation … bref, ce que nous reprochions justement au Front national. Si cela dure depuis bientôt 15 ans, cette campagne l’a montré au grand jour.

En somme, nous avons gagné comme Hollande en 2012.

J’aime mon parti politique. Profondément, même si en son sein je suis d’une nuance particulière : un gaulliste, de cette droite zemmourienne, buissonnienne, villieriste, guainiste, qui existe, quoiqu’en pensent mes anciens compagnons de route égarés au FN, encore au sein des Républicains.

Et j’inclus toutes les nuances lorsque je fais cette mise en garde : ce dimanche, nous n’avons pas gagné parce que nous étions une droite de proposition. Nous n’avons pas gagné, car nous étions une alternative à la politique gouvernementale et régionale. Nous n’avons pas gagné sur notre projet.

Nous ne sommes plus l’alternative. Celle-ci est passée du côté du Front national. Et c’est ce qui rend cette campagne profondément mélancolique : le FN est devenu l’alternative. Prenons garde, à force de fronts davantage intéressés que républicains, de ne pas devenir un PS bis.

Certains l’ont compris : Retailleau, Wauquiez (nouveau numéro 2 du parti, ça fait plaisir), Richert (pourtant centriste) et Morin (seule tête de liste UDI élue) ont fait drastiquement baisser le score du FN dans leur zone d’influence.

Pour clore ce constat alarmant, un peu de retour au local.

En regardant le score du FN au second tour en ACAL par département, on constate 2 départements qui l’ont placé en tête : la Meuse et la Haute-Marne.

Deux départements en plein cœur de … « La diagonale du vide », qui est bien connue des géographes puisqu’il s’agit d’une bande allant de la Meuse aux Landes à très faible densité de populaire et très fortement marqués par la ruralité.

Le FN est également un vote de crise du monde rural. Je dis ça, je ne dis rien, hein ?

Maintenant, que faire ?

Premièrement, une chose me tient à cœur : l’élargissement de l’interdiction de faire campagne sous quelque forme que ce soit à partir de 0h le samedi à toute personne ou regroupement et notamment média. Le déchaînement antiFN était totalement insupportable pour bon nombre de nos concitoyens que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les médias traditionnels. Il n’est pas normal que, sous prétexte qu’un président de chaîne de télévision a des sueurs froides pour sa place, des milliers d’électeurs soient scrutés, étudiés, analysés, comme des bêtes de foire. Ce n’est que provoquer leur enfermement et alimenter leurs convictions.

Nous sommes passés de la diabolisation à la pathologisation.

Ensuite, revenir à la ligne qu’incarne aujourd’hui Philippe de Villiers, avec d’autres. La droite zemmourienne, buissonnienne, gaullo-bonapartiste qui était celle de la droite de gouvernement il n’y a pas si longtemps que cela. En somme : revenir au gaullisme. Créer un parti véritablement de droite, en opposition avec le Parti de la Liquidation qu’est aujourd’hui le Parti socialiste : un parti de la France et de l’Homme ; conservateur, mais qui n’a pas peur de paraître réactionnaire. Face aux sociaux libertaires, nous avons besoin de patriotes, libéraux au sens classique du terme, et conservateur. Préserver les structures historiques et naturelles tout en permettant à l’Homme de s’accomplir. Un parti du pays réel qui libère et non un parti du pays légal qui oppresse. En somme : nous avons besoin d’un authentique parti de droite.

Un parti qui remet au centre la notion fondamentale de liberté, sous toutes ses formes : que ce soit l’indépendance nationale, la souveraineté de l’État ou la liberté (au sens des classiques) des individus.

Une logique parfaitement inscrite dans les statuts du Rassemblement pour la République : « soutenir une politique fondée sur le respect intransigeant de la souveraineté du peuple et de l’indépendance nationale, de la liberté, de la responsabilité et de la dignité de l’homme ».

Le troisième et dernier point : l’action.

La politicaillerie ne sera cette fois plus la solution. Il nous faut des actes. Des actions concrètes. Et pour cela, il n’y a pas d’autre choix : pour agir, il faut en avoir le pouvoir.

C’est probablement ce qui alimente le plus mes convictions souverainistes et républicaines : que le pouvoir soit aux mains de ceux qui doivent le détenir, et non plus quelconques lobbyistes, banksters ou État étrangers.

PS : passé inaperçu : le SIEL range l’Indépendance pour l’Identité. Il est vrai que ce parti n’a jamais eu d’indépendance. Dans 2 ans Karim Ouchikh assumera peut-être d’enfin le renommer « FN bis ».

Une pensée amicale et compatissante pour Paul-Marie Coûteaux …

Le coup de gueule de la semaine – Ouf ! La campagne se termine !

– Valérie Damidot …

– Cyril Hanouna …

– Yann Barthes …

– Mouloud Achour …

– Le Grand Orient de France …

– France 2 (avec votre argent, par divers reportages, dont un particulièrement intéressant lundi soir où une nana à la limite de la crise d’asthme a bien récité sa leçon par le très fameux « le FN, c’est la haine ») …

– Vos maires (avec votre argent) …

– Vos présidents de CommComm (avec votre argent) …

Vos présidents d’université (avec votre argent et celui de vos gosses qui viennent s’y inscrire) …

– Vos CCI (avec votre argent) …

– Des associations cultuelles …

– Le Grand rabbin de France …

– Le magazine Challenges (avec votre argent) …

– L’hebdomadaire Marianne (avec votre argent) …

– Les Dernières Nouvelles d’Alsace (notamment un numéro de ce vendredi assez particulier, avec votre argent aussi) …

– La très subventionnée LICRA et le grand Alain Jakubowicz (qui a même organisé un meeting à Strasbourg pour dénoncer le racisme, avec votre argent aussi, désolé) …

– …

vous appellent « solennellement » à défendre les valeurs « humanistes et républicaines ».

Le PS (avec le magnifique psychodrame qu’on a connu cette semaine) nous a prouvé :

– Qu’il était capable d’aller jusqu’à faire chialer des candidats pour les faire se retirer.

– Qu’il était capable de faire pression sur une préfecture.

– Que le premier ministre de la 5e puissance mondiale n’a rien d’autre à faire que d’appeler des colistiers de Strasbourg ou Bar-Le-Duc pour leur demander un retrait.

– Qu’il avait pour seul programme politique son propre sectarisme.

– Qu’il est assez parisien pour un parti qui se veut décentralisateur …

– Qu’il est assez hypocrite pour demander le retrait d’une investiture à la droite tout en soutenant toujours une tête de liste qui tient des propos d’un acabit similaire.

– Qu’il sait jouer à merveille la carte de l’UMPS dans le seul but de créer une opposition artificielle en la présence du FN.

Vivement les présidentielles, qu’ils sortent le crucifix et les gousses d’ail.

On a également assisté à un phénomène très « fashion » qui consiste à taper sur la peste brune, même une fois que la campagne officielle est terminée et surtout le jour du vote. Entre les « non à la haine » et les « no pasaran » en culotte courte, on se fait plaisir et ça permet de gratter du « like » pas cher.

Ça ne coûte rien et ça fait soldat de la République qui lutte contre la peste brune, comme le bobo résiste à DAESH en prenant son gin-tonic en terrasse.

BREF, à force de se prendre pour McCarthy et Pavlov, le seul résultat a été de prendre les gens pour des cons. Mais rassurez-vous, nos élites se disent toujours démocrates.

Les élites politico-médiatiques, plutôt que de donner envie de les reconduire, ont montré que leurs jambes tremblent depuis dimanche. Peur pour leurs places. Peur pour eux.

On se serait cru le 21 avril 2002. C’en est tellement ridicule …

Plutôt que de prouver qu’ils ont bien fait leur travail, qu’ils ont été compétents dans leur tâche, afin de noyer l’insurrection électorale que connait ce pays. La seule compétence qu’ils ont démontrée a été celle de la mauvaise foi et du lavage de cerveau au nom d’intérêts personnels. Ils ne valent pas mieux que la famille Le Pen. Leur filiation n’est pas sanguine, mais bourgeoise.

C’est en effet une affaire d’enjeux de classes, et non de morale républicaine, laquelle est bien davantage bafouée par un Jérôme Cahuzac que par une Marion Maréchal.

Il aurait été bien plus productif d’attaquer le FN de face, projet contre projet. Au lieu de cela ? On a préféré taper à côté, se renvoyer la patate chaude : attaquer le FN sur des petites phrases, sur une filiation (comme l’affiche du MJS qui montre une nouvelle fois le niveau argumentatif de ses membres), sur un programme national ou, pire, nier son programme régional qui quoiqu’on en pense existe.

À force de marteler que le vote FN était « dangereux », on a éludé la question centrale : pourquoi ?

Pourquoi ne faut-il pas voter pour eux ? Pourquoi menacent-ils la République ? Et surtout, la plus grande des questions : pourquoi vous croire cette fois-ci ?

Moi, ceux qui me lisent connaissent ma filiation idéologique. Pourtant, je n’appelle à voter pour personne en particulier. Je demande juste un peu de bon sens, de rationalité, de pragmatisme.

Ne vous laissez pas dicter vos choix de votes.

Dimanche, moi, je vais voter en fonction des projets des différents candidats, sans restriction. Mais cela … ça n’engage que moi, hein ?

La droite n’était déjà (presque) plus de droite, elle n’est dorénavant plus une alternative – Cri du coeur d’un jeune gaulliste à sa famille politique.

Maccarthysme, haine primaire, mauvaise foi, réflexes pavloviens, pathologisation, totalitarisme intellectuel … C’est tout ce qu’on a vu lors de cette campagne et en particulier ces derniers jours, jour de vote inclut, pour lutter contre la prétendue menace fasciste, le péril brun, la bête immonde … Bref, un discours vieux de 35 ans.

Au final ? Un score de 28% au niveau national avec des pics autour de 35-40 dans 3 à 4 régions qui peuvent tomber dans ses escarcelles dimanche prochain. Je dis « qui peuvent » et non « qui risquent », car c’est le jeu de la démocratie et je refuse de présenter un danger dans un parti qui a le droit de se présenter à des élections.

Vous connaissez mon avis sur le FN, mon départ du SIEL il y a 2 ans et les raisons qui m’y ont poussé. Je lutte contre ce parti pour ces raisons. Je n’ai aucune peur, aucune haine envers eux, et je dois même avouer avoir davantage de sympathie pour ces gens là que pour les sociaux-démocrates postsoixanthuitards qui nous servent de gouvernants nationaux et qui eux, en effet, sont des porteurs de haine. Ce sont eux qui ont, en l’occurrence, et cette campagne l’a rappelé, joué sur les peurs des électeurs et comme depuis quarante ans, se maintiennent au pouvoir en jouant sur les sentiments les plus reptiliens du corps électoral*. Et cette peur s’est retournée contre eux, comme un boomerang. En en faisant l’adversaire principal, on en a fait la seule alternative.

Les socialistes et leurs alliés centristes, qui par leur entrisme dans la droite républicaine ont soumise cette dernière à l’idéologie dominante, ont été et reste les meilleurs vecteurs de vote frontiste. Une insurrection électorale que les mots n’arrêteront plus.

Si on en suit les résultats de la droite de gouvernement, on se rend compte que les positionnements les plus à droite ont été les plus lucratifs. On peut ici citer évidemment Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, respectivement en Auvergne-Rhône-Alpes et en Pays de la Loire, avec 32 et 33,5%.

À l’inverse, Dominique Reynié, lili-bobo devant l’éternel, fait la queue de peloton avec 19% des suffrages exprimés en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (future Occitanie).

Les autres positionnements plus centristes, incluant les UDI, tourne autour de 25% avec des réserves de voix pour la gauche qui rendraient obèse quiconque.

Il est donc temps de se poser une question que personne ne semble vouloir ou pouvoir se poser : pourquoi les Français semblent-ils préférer le FN à la droite dite « républicaine » pour le titre d’alternative à la politique socialiste ? Cette question mérite à mon sens d’être posée, sans tabou aucun.

Ma théorie, un certain nombre la connaissent : la « centrification » du clivage politique. Le centre, comme d’autres sujets sociaux, a procédé depuis 40 ans à un entrisme de plus en plus fort dans les partis traditionnels de droite et de gauche, entraînant le clivage politique au centre comme un trou noir. Un véritable tropisme politique, idéologique et philosophique qui a amené à des expressions malheureusement très florissantes en ce moment : « UMPS », « LRPS » … Alors que personne n’ose regarder en face la réalité : la droite républicaine est devenu un centre droit, et la création des Républicains, deux ans après celle de l’UDI, est une fenêtre de tir magnifique pour permettre de revenir à ce que fût le RPR des années 1980 : gaulliste, authentiquement de droite et qui ne se laisse pas enchaîner intellectuellement par la gauche sans renier ses alliances historiques avec le centre. Une droite souverainiste, mais surtout souveraine et identitaire, qui s’assume, comme a pu nous le laisser espérer dans les mots Nicolas Sarkozy. Une droite qui n’est pas achetée par le Qatar ou par un quelconque lobby d’où qu’il vienne ni par un quelconque carcan intellectuel dont elle n’oserait pas se défaire.

 

Mais malheureusement, je crains que le premier tour ne soit une fois encore un coup d’épée dans l’eau. La claque n’aura peut-être pas été assez forte. Je n’ai pas peur que le FN passe, j’ai peur que la droite ne comprenne jamais ce qui lui arrive, qu’elle n’ose pas ouvrir les yeux et se complaise dans la bipolarisation autour d’un FN marino-philippiste devenu électoraliste, boutiquier, amateuriste, néo-étatiste et qui, contrairement à ce que beaucoup pensent, dispose dans de très nombreux cas de réserves de voix.

La droite qui est la mienne, cette droite villieriste, bonapartiste, zemmouro-buissonnienne, est à mon sens la seule capable de redresser la barre, et elle ne le fera qu’en comprenant où se situe le rapport de force.

Comme disait Paul-Marie Coûteaux, il est temps de changer le logiciel. La question est : combien de claques nous faudra-t-il encore ?

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* Ceci dit, les réactions sectaires et irrationnelles ont du bon. Quoiqu’il arrive, je serais content : en NPCP et en PACA, il n’y aura plus un seul élu PS dans ces deux conseils régionaux *o*.

La dernière erreur de Maurras

Cet article a été proposé à Rue89,  mais j’ai préféré le publier ici en raison des modifications trop grandes qui m’étaient proposées et qui auraient nié le substrat de ce que je voulais écrire ici.

Bonne lecture.

Charles_Maurras_-_avant_1922Avec l’arrivée prochaine du premier tour des élections régionales s’est manifesté politiquement un certain nombre de mouvements. Ces mouvements sont nés au moment des discussions autour de la fameuse réforme territoriale, sur laquelle j’ai eu l’occasion d’écrire un livre sorti le 15 février dernier.

Parfois, ces mouvements se sont cristallisés dans une renaissance du sentiment régionaliste dans ce pays en particulier en ACAL.

Prenant la suite d’autres mouvements autonomistes et régionalistes en Europe, que ce soit en Espagne, en Grande-Bretagne ou encore en Belgique, ces mouvements ne sont pas sans rappeler une question centrale du vivre-ensemble français qui est celui de l’organisation décentralisée de la République.

Si, au départ, ce mouvement est né à l’extrême droite, il est devenu un fer de lance d’autres mouvances par entrisme progressif des régionalistes comme d’autres composantes sociales ont pu le faire. Cela ne l’a pas empêché de connaître une résurgence depuis une vingtaine d’années. Quelles en sont les causes ?

Les premières causes sont similaires à celles du communautarisme, à savoir la perte du sentiment national et l’incapacité de l’État à régler les problèmes économiques et sociaux du capitalisme contemporain.

Les secondes sont plus pernicieuses et issues d’une politique de promotion née à Bruxelles avec la Charte européenne des langues et cultures régionales de 1992 et le Comité des régions de 1994 visant à la promotion des régions.

En 1999, Gordon Mcleod (Place politics and « scale dependance », exploring the structuration of euro-regionalism, European urban and regional studies, SAGE, 1999) avait défini les 3 piliers d’une politisation régionale :

  1. Une restructuration fonctionnelle : le constat d’une mauvaise gestion du territoire.

  2. Une restructuration institutionnelle : la dénonciation du parisianisme. Cet élément a été très présent avec la réforme territoriale de 2014.

  3. Une mobilisation politique : manifestations et participation aux élections.

Ces deux derniers éléments ont ouvert une fenêtre de tir.

En effet, un certain nombre de partis politiques jusqu’alors relégués au rang de groupuscules ont de cette manière instrumentalisé un sentiment légitime à des fins de démantèlement de la Nation. Une utilisation qui n’est pas dépourvue d’un ressentiment revanchard et souvent haineux à l’égard de l’État français.

Car les faits sont souvent plus parlant que les théories. Le fédéralisme défendu par des gens pour lesquels j’ai une haute admiration comme Charles Maurras ou Maurice Barrès est une idée intéressante sur le papier. Cependant, les faits prouvent qu’elle est aujourd’hui inhérente au risque séparatiste.

Les exemples italiens, espagnols, britanniques et belges en sont la preuve, combien même, comme l’avait justement estimé Maurras à une époque où l’Europe n’était pas sous le joug bureaucrate, ceux-ci disposent du fameux ciment religieux (dans les 3 premiers cas) et monarchique (pour les 3 derniers).

Ceux qui me citeront le cas allemand, autrichien, suisse ou même américain en oublieront très souvent les spécificités historiques.

Ces pays ont une configuration historique bien différente des quatre autres, du fait qu’il s’agit d’un fédéralisme d’union et non pas de division qui a su se construire sur un modèle démocratique propre à évacuer les réactions identitaires initialement bien moins fortes que celles que nous connaissons dans une Nation-synthèse comme l’est la France.

Une fois ce constat posé, comment venir à bout de telles crispations ?

Déjà, combattre les problèmes à la racine. Cela supposera de lutter contre les difficultés économiques et sociales et en recréant un authentique roman national permettant à toute la Nation de se situer dans un avenir. C’est la question de l’identité qui est au centre des crispations que nous connaissons aujourd’hui, que ce soit le communautarisme ou le régionalisme politique. Comme je le fais sur le plan individuel, cela suppose donc d’expliquer que l’Alsace est une composante de la Nation, participant à sa richesse et à sa grandeur, comme d’autres composantes, régionales ou identitaires, sont des morceaux de France.

Ensuite, il s’agit de déconstruire le discours autonomiste. Cette déconstruction passe par le sentiment national permettant de resituer la France et sa construction dans un cheminement historique.

Cela suppose également de casser les trois piliers de McLeod un par un et d’expliquer la réalité du régionalisme, qui ne peut aboutir qu’à l’indépendantisme, quoiqu’en disent les démagogues confondant langue et dialecte, parisianisme et jacobinisme, nation et région. Cette confusion est nourrie sciemment à des fins électoralistes qui ne font qu’abaisser la démocratie et renforcer le « tous pourri ».

Pour conclure, il faudra proposer une autre vision de la décentralisation, inspirée des grands penseurs patriotes du vingtième siècle, faisant de la décentralisation un moyen de renouvellement national. C’est cette vision que j’ai souhaité promouvoir dans mon livre, « Je suis le Département », sans renier les penseurs qui ont animé ma construction idéologique.